Ce n’est pas un mythe. Presque tout se joue au début d’un roman ! Dès les premières lignes, les auteurs et autrices doivent réussir à accrocher le lecteur et lui donner envie d’aller plus loin. Car cette entrée en matière, si elle n’est pas convaincante, peut conduire à un abandon de lecture ! Ou au fameux « DNF » (Did not finish) comme il est d’usage de dire aujourd’hui. Dans le cadre d’un concours d’écriture, l’enjeu est tout aussi important et le risque d’abandon encore plus grand quand on sait que les membres du jury ont parfois des centaines d’ouvrages à parcourir en peu de temps. Il est donc essentiel que ces derniers soient séduits par votre incipit. Un seul objectif : réussir à faire sortir du lot votre manuscrit dès les premiers mots. Librinova, expert en organisation de concours d’écriture, vous donne les clés pour soigner le début de votre roman afin d’accrocher les jurés sans sacrifier la qualité.
L’incipit, c’est quoi ?
Le terme vient du latin « incipere » qui signifie « commencer ». Comme nous vous l’expliquions dans un précédent article consacré au sujet, en littérature, l’incipit désigne les premiers mots, phrases ou paragraphes d’un roman. Les deux missions de l’incipit sont claires : présenter et plaire.
Présenter car le cadre et l’univers du roman vont être posés dans vos premiers paragraphes. Et le lecteur doit avoir envie d’y entrer presque instantanément. Plaire car la première impression de celui-ci se joue dans ces quelques phrases. Et elle doit être positive. Grâce au ton ? À un personnage ? Un détail intriguant ? Aux émotions ressenties ? Cet avant-goût a pour but d’inciter le lecteur à entamer un deuxième chapitre, curieux de ce qu’il vient de découvrir.
Dans le cadre du concours d’écriture, il a une autre fonction : affirmer que le manuscrit respecte le thème et les consignes imposés. Attention donc aux hors sujets ! Assurez-vous que ce premier chapitre aille dans la bonne direction. Et que les jurés ne mettent pas votre texte de côté.
Nos conseils pour réussir votre début de roman
Soignez votre accroche
L’accroche, c’est la toute première phrase que votre lecteur va lire. Percutante, drôle, incompréhensible… Elle a vocation à susciter l’intérêt. Le lecteur ne sait rien, il n’a peut-être même pas lu la quatrième de couverture, mais cette phrase doit l’interpeller. Il est courant de donner en exemple la première phrase de L’Étranger d’Albert Camus qui vaut toutes les explications : « Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. »
Lors de votre phase de relecture, demandez-vous : ma première phrase fera-t-elle mouche auprès d’un juré ? S’en souviendra-t-il ?
Posez le contexte et énoncez une promesse claire
Dans les premières lignes, le lecteur - bien qu’il ne sache pas encore ce qui l’attend - doit savoir où il va. Et quel genre d’histoire il va découvrir. Un thriller, une romance, un drame… Le cadre se pose grâce aux premiers éléments de contexte. L’idée, évidemment, n’est pas de trop en dire (et surtout pas de surcharger le lecteur de détails !) mais les informations clés doivent être énoncées. Vous pouvez répondre au « où ? », au « quand ? ». Ces points de repère permettent aux lecteurs de comprendre quel(s) enjeu(x) se profil(ent) et lui donneront envie de tourner les pages.
Lors de votre phase de relecture, demandez-vous : mon lecteur sait-il la direction que prend l’histoire ? Celle-ci lui donne-t-elle envie ?
Travaillez l’entrée de vos personnages
Dans votre premier chapitre, un ou plusieurs de vos personnages principaux vont être introduits. Intéressants, agaçants, familiers, étranges… Ils seront uniques mais une chose est sûre : ils ne devront pas laisser indifférent. Par leur trait de personnalité ? Par leur première action ? Par leur première phrase, aussi ? Le dialogue est un très bon moyen pour que les jurés et lecteurs apprennent à connaître vos personnages. Et surtout, c’est un procédé dynamique qui favorise l’immersion dans le récit. De manière générale, ce sont les personnages qui retiennent l’attention. Leur justesse et leurs premières émotions sont donc capitales.
Lors de votre phase de relecture, demandez-vous : mes personnages ont-ils marqué les jurés ? Mon personnage est-il vivant ? Sort-il du lot ? A-t-il des signes distinctifs ? Provoque-t-il des émotions ?
Privilégiez l’action et le conflit
Vos premières pages ne doivent pas être statiques. Au contraire, donnez au lecteur le sentiment que l’intrigue avance grâce à des actions. Cela ne signifie pas enchaîner les rebondissements ou faire vivre à vos personnages tout un tas d’événements. Mais il doit se passer quelque chose. Cela peut être une décision difficile à prendre pour le héros et qui va piquer la curiosité du lecteur. On peut aussi imaginer un conflit latent. Votre personnage ressent-il des tensions avec d’autres protagonistes ? Doit-il résoudre un problème ? La situation peut aussi être instable. Votre héros est-il mal à l’aise ? Oppressé par quelque chose ? En d’autres termes : quel twist se produit-il dans la vie de l’un de vos personnages pour poser le début de votre manuscrit à ce moment-là ? On peut prendre l’image du grain de sable ou de l’anomalie qui va conduire un personnage à prendre des décisions ou agir.
Lors de votre phase de relecture, demandez-vous : ai-je introduit un élément déclencheur qui explique que je présente mon ou mes personnages à mon lecteur à ce moment précis ? En lisant mes premières lignes, se pose-t-on des questions ? Un juré serait-il curieux de découvrir la suite ?
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Dévoilez votre style
Dans votre incipit, le lecteur ne va pas seulement découvrir les premiers éléments de votre intrigue. Il va aussi faire connaissance avec votre plume. Si chaque style est personnel, certains usages permettent de rendre le début de votre roman attractif.
Comme évoqué précédemment, ce premier chapitre doit être dynamique (et non statique) et cela passe bien entendu par l’écriture. Privilégiez des phrases percutantes et les verbes d’action ; alternez phrases courtes et phrases longues ; n’alourdissez pas le texte d’adverbes inutiles ou de descriptions interminables… Le rythme sur la forme est aussi important que sur le fond.
Surtout, n’essayez pas de « faire une démonstration » de style. Ce n’est pas forcément le bon moment pour essayer des choses et proposer des phrases dont vous n’êtes pas certains. Les maîtres mots sont : précision, clarté, efficacité et maîtrise.
Lors de votre phase de relecture, mettez-vous dans la peau d’un juré et demandez-vous : mon écriture est-elle claire ? Maîtrisée ? Est-ce à la fois bien écrit et efficace ?
Sachez vous arrêter à temps
La qualité de votre premier chapitre repose aussi en partie sur sa chute. C’est celle-ci qui poussera souvent le lecteur à entamer le second. On a tendance à vouloir en dire beaucoup et très vite, mais prenez le temps de réfléchir à la manière de stopper l’intrigue. Sur quoi vous arrêter ? Comment ? N’en avez-vous pas trop dit ? Là encore, l’efficacité est l’une des clés.
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Les erreurs courantes à éviter
Style et syntaxe impeccables
On a déjà parlé du style. Surtout, évitez de proposer une plume lourde voire expérimentale. Cela sonnera faux et rebutera les jurés. Une écriture naturelle et harmonieuse sera toujours la bonne solution.
Dans un concours, la qualité du texte repose aussi sur son caractère irréprochable. Un bon texte parsemé de fautes reste-t-il un bon texte ? Pas sûr... En apercevant des erreurs de conjugaison ou des coquilles, les jurés sortiront « malgré eux » de leur lecture. Et ils devront à chaque fois faire l’effort de plonger à nouveau dans l’intrigue. Relisez-vous. Ou faites-vous relire. Pour certains, la présence de fautes d’orthographe est synonyme de texte non abouti et donc rejeté.
Trop d’exposition tue l’exposition
Attention à ne pas submerger le lecteur ou le juré d’informations. Encore une fois, ces derniers n’apprendront pas tout dans ce premier chapitre. Ainsi, ce n’est pas le moment de révéler toute la backstory (l’histoire avant l’histoire) de votre héros. Ce n’est pas non plus le moment d’introduire des personnages secondaires qui n’apportent rien pour le moment. Ce n’est pas non plus pertinent de rentrer trop dans le détail et de se lancer dans descriptions à rallonge. Tous ces points auront pour conséquence d’ennuyer votre lecteur et de le faire sortir de votre histoire. Encore une fois, la clé est de donner envie. De donner un peu de « croustillant » à se mettre sous la dent.
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Banalités et stéréotypes à proscrire
N’oubliez pas que les jurés n’iront peut-être pas plus loin que ce premier chapitre s’il n’est pas convaincant. Assurez-vous donc que vos personnages ou les situations qu’ils vivent ne soient pas stéréotypés, banales ou peu crédibles. Cela doit sonner vrai, nuancé aussi, et faire réagir (quelle que soit la réaction).
Encore une fois, mettez-vous dans la peau d’un lecteur ou d’un juré : pourrait-il penser « cliché » en découvrant une situation ? Pourrait-il estimer que certaines phrases sont trop évidentes ?
D’une manière générale, pour améliorer votre début de roman, n’hésitez pas à le faire lire à une ou plusieurs personnes. Faites leur juger uniquement les deux ou trois premières pages. Pas plus. Et donnez-leur la thématique et les consignes du concours. Auront-ils envie d’aller plus loin ? Si oui, vous êtes sur la bonne voie ! Veillez à savoir si votre début de roman est clair, maîtrisé et distinctif. Il peut aussi être intéressant d’imaginer votre incipit comme si c’était la première scène d’une série ou d’un film. Est-elle impactante, visuelle, singulière ? Et surtout, donne-t-elle envie de « regarder » la suite ?