Cette année encore, Librinova et Lire Magazine s’associent et lancent la neuvième édition du Concours de Nouvelles Lire. Après l’écrivain Miguel Bonnefoy l’an passé, c’est Katherine Pancol qui endosse le rôle de marraine et présidente du jury. L’autrice des Yeux jaunes des crocodiles a imaginé un incipit inédit comme point de départ. Une scène en apparence banale qui peut tout faire basculer ! Tenté(e) par l’aventure ? Avant de vous lancer dans la rédaction de votre nouvelle, Librinova vous propose de découvrir les conseils de Richard Donini. Lauréat l’an dernier du concours avec son texte La dévoration, l’auteur a pris le temps d’évoquer ses méthodes et ses habitudes d’écriture. De précieux conseils pour mettre toutes les chances de son côté.
- Appréhender la contrainte
- Disséquer le thème
- Se méfier de sa première idée
- Écrire la fin en premier
- Déborder puis épurer
- Lire son texte à voix haute
En quelques titres:
Appréhender la contrainte
Le concours est un exercice particulier. Pour Richard Donini, il s’agit même du « cours Élémentaire de l’écrivain ». C’est « la seule école où l’on ne triche pas encore, rappelle-t-il. Pas de réseau, pas de nom sur une couverture, pas de quatrième pour amortir la chute. » L’auteur affectionne particulièrement les concours à contrainte. S’ils peuvent sembler plus ardus pour certains, notre interlocuteur, lui, trouve l’exercice libérateur. « Un thème imposé est un mur contre lequel la pensée rebondit dans des directions inédites. Pour La Dévoration, c’est l’incipit de Salammbô qui a tout déclenché, et sans cette « radicalité de la contrainte », je n’aurais pas écrit ce texte ». Il peut donc être intéressant d’aborder différemment le cadre jugé rigide du concours.
Disséquer le thème
« J’écorche le thème comme un lexicographe (« Personne qui fait un dictionnaire de langue », Le Robert, NDLR). Sens propre, figuré, caché, étymologie, résonances... », nous révèle Richard Donini. Celui-ci accorde beaucoup d’importance à cette étape. Pour La Dévoration, l’écrivain a exploré six registres sémantiques avant de se décider. A alors débuté un véritable travail de fourmi. « Vient la recherche immersive, technique, matérielle, presque maniaque jusqu’à pouvoir habiter une scène les yeux fermés. En sentir l’odeur, en éprouver la texture, en saisir la lumière. Avant même d’écrire le premier mot, je veux connaître la couleur du ciel au-dessus de mes personnages, la densité de l’air qu’ils respirent, la manière dont un tissu plie ou accroche la peau. » Richard Donini résume ainsi sa méthode : « faire exister le monde avant même de le raconter. »
Pour cette neuvième édition, Katherine Pancol propose aux futurs participants de partir d’une scène du quotidien en apparence banale. Et pourtant, le hasard pourrait bien faire vaciller une vie entière. Voici l’incipit proposé par l’autrice : « La lumière du matin est froide, grise. Je pousse la porte de la laverie. Il n'y a personne. Comme dans ma vie. Je verse mon linge dans une machine. Appuie sur le programme, "express, 30 minutes". Sors un livre de ma poche. Stefan Zweig, Lettre d'une inconnue. Un homme entre. Remplit une machine, s'assied en diagonale, face à moi. Il fouille dans son sac, attrape un livre. Je ne peux m'empêcher d'en lire le titre. Lettre d'une inconnue. »
À vous de prendre le relais en commençant votre nouvelle par les phrases suivantes : « Je souris, soudain heureuse, placide. Laisse échapper un soupir. Il lève la tête. Me regarde, aperçoit le livre sur mes genoux et s'exclame, ravi :
— Quel hasard ! Nous lisons le même livre ! »
Se méfier de sa première idée
La question de l’inspiration est primordiale, surtout lorsque le thème est imposé. Pour Richard Donini, une règle d’or : la première idée n’est pas la bonne. « Elle vous est venue à vous, elle est donc venue à deux cents autres, argumente-t-il. C’est la dixième ou la vingtième, celle qui arrive quand on a épuisé l’évidence, qui a des chances d’être « neuve ».
Où trouver l’inspiration et la bonne idée ? Richard Donini se tourne vers l’Histoire, de la plus insignifiante anecdote à celle avec un grand H que l’on croit parfois connaître. « Et puis il y a les chocs, explique-t-il. La Dévoration est née d’une visite à Croisset il y a quelques années. Ce fut un éblouissement : le lieu m’aspirait physiquement dans le temps ». Ses personnages peuvent aussi faire écho à ses proches.
Attention à ne pas confondre la nouvelle avec un roman comprimé. « La nouvelle ne raconte pas une histoire en raccourci. Elle saisit un instant, un basculement, une faille. » résume notre interlocuteur.
Écrire la fin en premier
Richard Donini a pour habitude de commencer par la clausule : « Quand je sais où le texte atterrit, chaque phrase qui précède devient un pas vers cette chute. Rien ne flotte, tout est serré. La structure se construit après, comme un squelette organique au sujet, pas un plan plaqué d’avance ». L’auteur d’illustrer son propos ainsi : « On n’empile pas les étages d’un immeuble sans vérifier les fondations ». Pas faux.
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Déborder puis épurer
12 000 à 16 000 signes : telle est la contrainte de longueur imposée par le concours cette année encore. Alors forcément, chaque mot doit compter. Pour l’auteur de La dévoration, le premier jet doit se faire sans se contenir ou essayer de respecter le calibrage. Bien au contraire. « Le texte déborde de son lit, travaille. C’est après qu’il s’éclaire », insiste-t-il. Le travail de nettoyage, arrivant dans un second temps, est long et fastidieux. Mais aussi primordial. L’objectif ? Arriver à LA phrase : « celle qui ne peut plus perdre un mot sans s’effondrer ni en gagner un sans se lester. »
Celui-ci confie l’une de ses techniques pour vérifier l’importance (ou non) de pans entiers d’un manuscrit. « Supprimez un paragraphe », conseille-t-il. Si le texte se tient sans lui, alors ce paragraphe est inutile. Si le sens est perdu, il a toute sa place. Reste à savoir s’il est optimal. Et si une seule phrase suffisait ? La question doit être posée.
A vous donc de décortiquer chaque phrase et formule ! A la clé pour le lauréat ou la lauréate ? La publication de sa nouvelle dans le numéro de décembre de Lire Magazine.
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Lire son texte à voix haute
Enfin, prenez le temps de déclamer votre nouvelle à haute voix. « La phrase qui bute sur la langue butera sur l’œil. Si vous trébuchez en lisant, le lecteur trébuchera en silence et ne se relèvera pas », conclut Richard, qui a d’ailleurs plusieurs projets fictionnels en cours.
Parmi eux, un bildungsroman situé dans les années 1640, suivant un jeune protestant allemand qui traverse l’Europe ravagée de la guerre de Trente Ans pour étudier la médecine à Padoue et chercher, à travers le corps humain, la preuve de l’existence de Dieu. L’auteur travaille également sur un « roman-monde », une vaste fresque d’une centaine de récits qui révèlent ce que l’humanité n’a jamais voulu retenir de son histoire.
Richard Donini a également été Coup de Cœur de la présidente du jury, Hannah Anthony, lors du concours « La Nuit de la révélation » avec sa nouvelle, La Petite Veilleuse. Un parcours plutôt inspirant, dont on ne peut que s’inspirer !
Comme Richard Donini, vous souhaitez prendre la plume ? Découvrez toutes les modalités pour participer au Concours de nouvelles avec Katherine Pancol. La consigne ? Partir de l’incipit imaginé par l’autrice et rédiger entre 12 000 et 16 000 signes. Imaginaire, romance, polar, conte… Tous les genres sont acceptés (et attendus !). Les candidatures sont ouvertes jusqu’au 19 juin.