Les jeux d’écriture sont une excellente porte d’entrée pour retrouver plaisir d’écrire sans pression. Mais à l’approche d’un concours d’écriture, un autre type d’entraînement est utile : des contraintes plus techniques, moins ludiques, destinées à muscler précisément les compétences attendues par un jury. Rythme, concision, point de vue, construction d’une chute : ce sont ces réflexes que nos 20 idées de contraintes pratiques visent à renforcer. Essayez-les avant de vous lancer dans l’écriture de votre texte de concours !
- Des contraintes pour muscler le style et la concision
- Des contraintes pour muscler la construction narrative
- Des contraintes pour muscler le point de vue et la voix
- Des contraintes pour muscler le rythme et la tension
En quelques titres:
Des contraintes pour muscler le style et la concision
La première qualité recherchée dans un texte court comme la nouvelle, la poésie ou le slam est la maîtrise du style. Voici cinq contraintes pour vous aider à repérer et corriger vos réflexes d’écriture qui réduisent l’efficacité d’un texte.
Écrire sans adjectifs ni adverbes
Supprimez tous les adjectifs et les adverbes de votre texte, y compris ceux qui vous semblent indispensables. Vous serez contraint de choisir des noms et des verbes plus précis pour compenser cette absence. Excellent pour travailler le vocabulaire !
Écrire une scène en une seule page
Fixez-vous une limite stricte d’un page pour rédiger une scène complète avec son début, son développement et sa fin. Cette contrainte oblige à couper le superflu sans nuire à la compréhension de la scène. Vous pouvez essayer d’appliquer cette contrainte à une scène que vous avez déjà écrite et qui manque de dynamisme.
Écrire un texte d’exactement 100 mots
Ni 99 ni 101 : cette contrainte numérique très stricte force à relire attentivement votre texte pour supprimer méthodiquement mot par mot. C’est un excellent exercice aussi pour rédiger des publications de réseaux sociaux souvent limitées en caractères.
Supprimer tous les verbes être et avoir
Ces deux verbes, très pratiques, sont aussi parmi les plus fades de la langue française. En les bannissant, vous êtes obligé de trouver des verbes d’action plus expressifs.
Raconter une action complexe en une seule phrase
Choisissez une scène qui comporte plusieurs actions simultanées ou successives et racontez-la en une seule phrase. Ici, la phrase peut être très longue si nécessaire, mais elle doit être compréhensible en une seule lecture. Cet exercice travaille la construction syntaxique et la gestion du rythme.
A lire aussi : Travailler sa plume en s'amusant, 20 jeux d'écriture
Des contraintes pour muscler la construction narrative
Une bonne nouvelle repose sur une structure solide (un roman aussi !). Ces cinq contraintes entraînent votre capacité à construire un récit qui tient debout, du début à la fin.
Commencer la scène par une réplique de dialogue
Ouvrez votre texte directement sur une phrase prononcée par un personnage, sans aucune mise en contexte préalable. Cette entrée in media res oblige à faire comprendre la situation par la suite, à travers l’action plutôt que par l’explication. C’est aussi très efficace en incipit !
Finir par un objet précis choisi à l’avance
Décidez d’un objet avant même d’écrire et faites en sorte que votre texte se termine sur cet objet, qu’il soit central ou périphérique à l’intrigue. Cette contrainte vous entraîne à construire une fin préparée plutôt qu’improvisée au dernier moment. C’est idéal pour préparer une chute qui tient la route pour un concours de nouvelles.
Écrire à rebours, de la fin vers le début
Imaginez d’abord la dernière scène de votre histoire, puis reconstruisez mentalement les étapes qui y mènent, en remontant jusqu’au point de départ. Cette contrainte est aussi une manière de construire une nouvelle bien charpentée.
Intégrer un événement extérieur qui bouleverse tout
Introduisez un événement soudain et incontrôlable : une coupure de courant, une tempête, un incendie… Il doit perturber la scène que vous étiez en train d’écrire pour exercer votre capacité d’adaptation et travailler le rebond narratif.
Construire une chute en une phrase avant d’écrire le reste
On est un peu dans le même principe que l’écriture à rebours, sauf que cette fois, vous partez uniquement de la dernière phrase de votre texte pour construire une histoire qui y conduit naturellement. Cette contrainte force à anticiper l’effet recherché.
A lire aussi : Les défis d'écriture célèbres
Des contraintes pour muscler le point de vue et la voix
Le choix du narrateur change radicalement la couleur d’un texte. Ces cinq nouvelles contraintes vous aident à explorer des voix que vous n’utilisez pas naturellement.
Changer le point de vue à mi-texte
Commencez votre récit avec un narrateur, puis basculez vers un autre point de vue à la moitié du texte. Cet exercice technique demande une grande rigueur pour rester cohérent malgré la rupture.
Écrire à la deuxième personne
Adressez-vous directement à votre personnage principal en utilisant le « tu » ou le « vous » tout au long du récit. Cette forme, peu courante, créé une proximité particulière et une voix puissante. Si vous voulez un exemple, toute une partie du roman Lambeaux de Charles Juliet est écrite de cette façon.
Raconter un mensonge du point de vue du menteur
Placez-vous dans la tête d’un personnage qui ment et racontez la scène uniquement de son point de vue, sans jamais révéler la vérité au lecteur. Cet exercice travaille la fiabilité et la crédibilité du narrateur.
Se mettre dans la peau d’un personnage qu’on déteste
Choisissez un personnage dont les valeurs ou le comportement vous répugnent et écrivez un passage entier de son point de vue. L’objectif : le rendre compréhensible sans le juger. Ce peut être votre antagoniste, mais pas forcément.
Faire parler un objet ou un lieu comme narrateur
Confiez la narration à un élément non humain : une maison, un vieux carnet, un arbre… Racontez la scène à travers ce regard décalé pour stimuler l’inventivité et renouveler des situations parfois banales. Ce changement de narrateur est souvent utilisé dans les nouvelles, utilisez ce procédé avec parcimonie !
Des contraintes pour muscler le rythme et la tension
Le rythme est souvent ce qui distingue un texte qui capte l’attention d’un autre qui ennuie. Ces cinq dernières contraintes vous entraînent à maîtriser la tension narrative jusqu’à la dernière ligne.
Introduire un compte à rebours
Fixez une limite de temps explicite à l’intérieur de votre récit (une minuterie, une échéance, un délai annoncé dès le début). Cette contrainte crée mécaniquement de la tension, puisque chaque paragraphe rapproche le lecteur de l’échéance fixée.
N’utiliser aucun dialogue
Racontez une scène sans jamais faire parler directement vos personnages. Ils doivent interagir uniquement par l’action, la description ou l’intériorité.
N’utiliser que du dialogue
À l’inverse, racontez une scène uniquement à travers les répliques échangées entre deux personnages, comme au théâtre, mais sans aucune description ni indication de mise en scène. Cette contrainte d’écriture oblige le dialogue à porter à lui seul toutes les informations nécessaires à la compréhension et toute la tension.
Écrire toute une scène où rien ne se passe, mais où tout est dit
Installez deux personnages dans une situation statique (une salle d’attente, un trajet, un repas…) et faites en sorte que la tension émotionnelle soit maximale malgré l’absence d’action extérieure. L’exemple le plus connu est la pièce En attendant Godot de Samuel Beckett. C’est l’un des exercices les plus exigeants, mais aussi l’un des plus formateurs pour maîtriser le sous-texte.
Terminer sur une phrase interrompue
Achevez votre récit sur une phrase volontairement coupée, sans jamais la terminer. Cette contrainte, à manier avec précaution, entraîne à construire une tension jusqu’au bout et à faire confiance au lecteur pour compléter mentalement ce qui manque.
Ces vingt contraintes n’ont pas vocation à être toutes testées avant votre prochain concours. Choisissez-en trois ou quatre qui ciblent vos points faibles, pratiquez-les régulièrement sur de courts extraits et vous sentirez rapidement une différence dans la solidité de vos textes. L’entraînement technique, contrairement au jeu pur, demande de la régularité, mais c’est aussi ce qui le rend efficace sur la durée. Et si vous voulez mettre ces nouvelles compétences à l’épreuve, inscrivez-vous à un concours d’écriture en cours !