De l’Antiquité à Instagram ! Au fil des siècles, des courants de pensées et des modes, la poésie a su trouver sa place dans le cœur des auteurs et des lecteurs. Autrefois soumis à un ensemble de règles et de contraintes, le genre littéraire est désormais plus libre et continue d’innover. Qu’appelle-t-on aujourd’hui poésie contemporaine ? Librinova, expert en organisation de concours d’écriture, vous explique quels sont les trois grands types de poésie (classique, moderne et contemporaine) et leurs formes respectives.
- La poésie classique : définition, sous-genres et forme fixe
- La poésie moderne ou l’art d’inventer des codes nouveaux
- Vers libres, prose et calligramme : les formes poétiques de la poésie moderne
- La poésie contemporaine : définition et formes variées
En quelques titres:
La poésie classique : définition, sous-genres et forme fixe
Commençons par définir la poésie. Selon le dictionnaire Larousse, elle est « l’art d'évoquer et de suggérer les sensations, les impressions, les émotions les plus vives par l'union intense des sons, des rythmes, des harmonies, en particulier par les vers. » Le genre littéraire - qui cohabite avec les genres narratif, théâtral, épistolaire et argumentatif - existe depuis toujours. Les deux premières grandes œuvres de poésie ne sont autres que L’Iliade et L’Odyssée, écrites par l’aède Homère à la fin du VIIIe avant Jésus Christ.
Quelle définition pour la poésie classique ?
Dans son ouvrage Les genres littéraires, le professeur de littérature et écrivain Yves Stalloni attribue à la poésie les trois caractéristiques principales suivantes :
L’utilisation du vers ;
La grande place accordée à la subjectivité ;
L’absence de fiction.
Aussi, quatre sous-genres se distinguent comme le rappelle Caroline Duchesnes dans son article Les formes de la poésie classique, moderne et contemporaine sur le blog BOD, Books On Demand.
La poésie lyrique est la poésie des sentiments et des émotions. Le « je » y est principalement utilisé et les thèmes universels de l’amour, la mort, la nature ou encore le temps qui passe sont une source inépuisable d’inspiration pour les écrivains.
La poésie épique, comme son nom l’indique, évoque les héros et leurs combats. C’est la quête d’Ulysse dans L’Odyssée, ce sont les exploits grandiloquents des dieux de la mythologie et les destins et voyages extraordinaires de personnages charismatiques.
La poésie satirique, elle, a un tout autre but : dénoncer. Ici le ton se veut ironique et incisif. L’Homme, la société et ses travers y sont moqués pour faire réfléchir et ouvrir le débat.
Il existe enfin la poésie didactique, celle qui instruit en beauté. Les sujets évoqués sont sérieux, le ton employé également mais jamais au détriment du style poétique et de sa beauté.
Les poèmes à forme fixe, la norme de la poésie classique
Les poèmes à forme fixe ont un schéma précis qui répond à un ensemble de règles pré-établies. Tombés en désuétude au fil des siècles, ils vont être remis au goût du jour par les poètes du XIXe… Poètes qui se décideront ensuite à les questionner, les modifier voire à les abandonner.
Le sonnet, créé à la Renaissance en Italie, est certainement le poème à forme fixe le plus célèbre. Le dictionnaire Larousse le définit comme une « pièce de poésie, de quatorze vers, composée de deux quatrains et de deux tercets ». De Verlaine en passant par Ronsard et Baudelaire, les grands auteurs se sont tous prêtés à l’exercice.
L’ode, quant à elle, est une des valeurs sûres de la poésie lyrique. Dans l’Antiquité, elle avait vocation à être chantée. Elle est divisée « en strophes semblables entre elles par le nombre et la mesure des vers et destiné soit à célébrer de grands événements ou de hauts personnages (ode héroïque), soit à exprimer des sentiments plus familiers (ode anacréontique) ». (Source : dictionnaire Larousse).
Citons également l’hymne et l’élégie, apparues à l’Antiquité, ayant respectivement pour but de célébrer un personnage illustre et d’honorer une personne disparue. La ballade et la chanson associées au Moyen-Âge et reprises au XIXe par les Romantiques ou les Symbolistes ont la particularité de compter un refrain.
Le haïku, originaire du Japon, est une poésie en trois vers et 17 syllabes. La nature, les sensations ou encore les saisons sont les thèmes de ces textes très brefs, exprimant la beauté du moment présent.
Enfin, le pantoum se compose comme suit : « quatre quatrains à rimes croisées, dont le deuxième et le quatrième vers fournissent les premier et troisième vers du suivant ; le dernier vers de la pièce répète le premier ». Il est « emprunté par les romantiques à la poésie malaise appelée pantun ». (Larousse)
Le XIXe : un siècle riche pour la poésie
Romantisme, Symbolisme… Au XIXe siècle, la révolution industrielle et l’instabilité politique sont autant de bouleversements qui inspirent les poètes. Trois grands mouvements se développent alors. Des mouvements qui seront à l’origine du passage de la poésie classique à la poésie moderne.
D’un côté, le Romantisme poétique où le registre lyrique est de mise. Rêve, fuite du temps, deuil, mélancolie et évasion sont alors au cœur des œuvres très subjectives d’Alphonse de Lamartine, Alfred de Vigny ou Alfred de Musset et bien sûr Victor Hugo. Ce dernier signe une poésie évidemment engagée en réaction de laquelle un autre mouvement va se créer.
Le Parnasse (en référence au Mont Parnasse d’Apollon) s’est en effet constitué en réaction au caractère engagé du romantisme poétique. C’est « l’art pour l’art » selon Théophile Gautier, chef de file du mouvement. Les poètes revendiquent alors la culture du Beau et rejettent toute forme d’engagements. « Le poète ne crée par sous la toute puissance de l’inspiration, mais façonne son œuvre avec technique et labeur jusqu’à trouver un idéal de Beauté et de perfection », explique la plateforme de cours particuliers Groupe Réussite.
Le Symbolisme s’est aussi développé en réaction au Romantisme. « Pour exprimer l’Idée, les poètes symbolistes sont à la recherche d’une forme poétique neuve, car le vers régulier et la métrique traditionnelle leur semblent trop rigides. Comme Arthur Rimbaud, ils pensent que le poète doit « trouver une langue ». Cette langue poétique doit être distincte de la langue ordinaire, qui sert à communiquer dans la vie quotidienne, mais elle n’est pas non plus le vers classique. Ils pratiquent donc le vers libre, dont la forme ne répond pas à une exigence extérieure » explique Aude Jeannerod dans son ouvrage, Le Symbolisme.
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La poésie moderne ou l’art d’inventer des codes nouveaux
A la fin du XIXe siècle, les poètes des différents mouvements ont donc l’ambition de développer une écriture plus moderne et moins rigide. Les règles érigées depuis plusieurs siècles sont alors transgressées, modifiées et même abandonnées.
Les mouvements poétiques de la poésie moderne
C’est en 1917 que Guillaume Apollinaire évoque « L’esprit Nouveau » lors d’une conférence intitulée L'Esprit Nouveau et les Poètes. Derrière ce nouveau souffle se cache la volonté de parler du monde actuel en évoquant des thèmes et des objets propres à la modernité. Le fond change, la forme aussi puisque les poètes - dans le sillon des Symbolistes - optent pour une écriture en vers libres et sans ponctuation.
Le XXe siècle marque aussi le développement de la poésie surréaliste menée par André Breton. Le chef de file définit le mouvement comme suit dans Les Manifestes du surréalisme : « Ensemble de procédés de création et d'expression utilisant des forces psychiques (automatisme, rêve, inconscient) libérées du contrôle de la raison ; mouvement littéraire et artistique se réclamant de ces procédés. » L’écriture ne fait pas intervenir la logique et la raison et les fameux vers libres deviennent alors la norme.
La négritude est pour le poète Aimé Césaire « la simple reconnaissance du fait d’être noir et l'acceptation de ce fait, de notre destin de noir, de notre histoire et de notre culture » (Cahier d’un retour au pays natal, 1939). Léopold Sédar Senghor, David Diop ou encore Léon-Gontran Damas sont autant de poètes majeurs de ce mouvement développé dans l’entre deux guerres qui a pour but d’affirmer « l’ensemble des valeurs culturelles d’Afrique noire » (Edoardo Cagnan, Les mots de la négritude).
Vers libres, prose et calligramme : les formes poétiques de la poésie moderne
Comme évoqué précédemment, la poésie moderne est avant tout la poésie du vers libre. Fini la métrique rigoureuse et les rimes traditionnelles, les auteurs s’affranchissent des règles. Et cela concerne même la ponctuation qui disparaît la plupart du temps.
Le poème en prose se développe aussi. Cette fois-ci, aucun vers, ni strophe ou rime mais des textes courts aux thématiques propres à la poésie. Le style et le langage poétiques - utilisation d’images, musicalité - restent aussi.
Inventé et popularisé par Guillaume Apollinaire dans son ouvrage Calligrammes publié en 1918 aux Éditions Gallimard -, le calligramme est la contraction de « idéogramme et calligraphie ». Autrement dit : chaque texte de poème forme une image.
Jeu littéraire inventé par les surréalistes, le cadavre exquis consiste en la rédaction d’une phrase par plusieurs personnes qui ne connaissent pas ce qui a été dit précédemment. La structure grammaticale de base - sujet, verbe, complément - est donnée à l’avance, mais les autres éléments sont ajoutés à l’aveugle par plusieurs mains. « Le cadavre exquis boira le vin nouveau » fut ainsi le premier essai donné par cette pratique.
La poésie contemporaine : définition et formes variées
La poésie contemporaine (à partir de 1945) « se distingue de la poésie classique et moderne par le fait qu’elle s’ancre profondément dans notre époque, par ses thèmes ou sa forme » définit Caroline Duchesnes dans son article Les formes de la poésie classique, moderne et contemporaine.
La poésie est plus que jamais engagée…
La poésie éduque, libère la parole, dénonce. Les thèmes traités sont la santé mentale, le féminisme ou encore le racisme. Surtout, les auteurs trouvent parfois une forme de thérapie dans l’écriture. En d’autres termes, « on écrit pour guérir et aller de l’avant ».
Elle est innovante…
Contraction de l’expression « Ouvroir de Littérature Potentielle », l’Oulipo est un groupe de recherche littéraire fondé en 1960 par le mathématicien François Le Lionnais et l’écrivain Raymond Queneau. L’idée ? Créer à partir de contraintes formelles arbitraires. En d’autres termes, de nouvelles formes fixes de poésie sont imaginées. L’un des Oulipiens les plus connus n’est autre que George Perez à qui l’on doit le roman en lipogramme, La Disparition, écrit intégralement sans la lettre E. Son autre ouvrage, La Vie Mode d’emploi, Prix Médicis, est aussi une grande œuvre oulipienne. Les Oulipiens ont notamment inventé le poème boule de neige. Il s’agit ici de construire un poème qui commence par un mot d’une lettre au premier vers, puis un mot de deux lettres au deuxième vers, puis de trois lettres au troisième vers. Etc.
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… Et elle est partout.
L’Instapoésie. La poésie s’est toujours adaptée à son temps : c’était donc évident qu’elle trouverait sa place sur les réseaux de communication actuels. Et notamment sur Instagram où l’on a vu émerger des poèmes très courts, inspirants ou engagés partagés par des milliers de personnes. La Canadienne Rupi Kaur est une instapoète très célèbre et suivie. Elle a signé notamment le recueil Lait et miel. En France, Déborah Garcia est suivie par plus de 230 000 followers sur Instagram et a publié quatre recueils de poésie : Un morceau de cœur en plus, J’ai vendu ma tristesse, Tous mes hasards se ressemblent et Ce n’est pas grave : et pourtant ça l’est toujours.
Le caviardage. Vous avez peut-être vu des exemples sur les réseaux sociaux de ces poésies aux allures d’œuvres d’art. L’art de caviarder consiste à créer des phrases en noircissant des mots sur une page imprimée. Le site du Centre national des arts plastiques rappelle que « la censure du tsar Alexandre III a été la première à utiliser ce procédé, d’où la référence à la couleur et à la forme des grains de caviar, par analogie à la trame d’imprimerie. » Dimitri Radaud, plus connu sous le pseudonyme d’Haiku_Marinière sur Instagram, pratique cet art. Il explique « révéler la poésie cachée dans les pages ordinaires ». N’hésitez pas à aller jeter un œil à son compte.
La poésie narrative mêle voix poétique et récit. « Souvent comme dans un Journal intime, le ou la poète raconte en vers des souvenirs, une anecdote, un moment de vie (…) On y évoque une ou plusieurs personnes, il s’y passe quelque chose, il y a un début et une fin », écrit Caroline Duchesnes. Elle peut même parfois devenir un roman. David Foenkinos s’est ainsi prêté à l’exercice du roman en vers libres avec Charlotte, biographie de l’artiste peintre Charlotte Salomon.
Enfin, la poésie n’est pas toujours lue. Très musicale, elle est aussi parfois performée au théâtre ou dans des salles de concert. Grand Corps Malade ou Abd al Malik sont aujourd’hui les grandes figures du Slam français, où l’écriture, le rythme et la rime comptent plus que la musique elle-même.